_Pour:
_Contact

Il suivait son idée. C’était une idée fixe et il était surpris de ne pas avancer. Jacques Prévert
La peur frappe à la porte. Le courage va ouvrir : il n'y a personne ! La peur n'est pas objective, elle mène au fantasme et au repli. Elle est mauvaise conseillère.
Mais la peur est humaine et ne se commande pas. Que faire ? D'abord renforcer sa lucidité et identifier ses peurs sans se cacher derrière le paravent du faux prétexte. Assumer sa peur, et ne pas hésiter à l'exprimer en "je". L'expression force déjà à objectiver ce qui peut l'être. Le "je" permet de séparer ce qui dépend de moi et ce qui n'en dépend pas. Accepter ce qui ne dépend pas de moi : accepter c'est considérer la réalité pour ce qu'elle est et non pas s'en séparer en s'enfermant dans le déni. Acccepter n'est pas se résigner et n'empêche nullement d'avoir une préférence, et mieux encore une intention. Ne pas accepter c'est être dans l'exigence d'une réalité autre. Et si je ne suis pas d'accord avec la réalité, il n'y a pas d'issue...
Identifier, assumer, exprimer, accepter... et déjà, la peur a reculé, l'inhibition s'est résorbée, le fantasme s'est dissipé. Je peux faire face. Je vais ouvrir ...
La vie en entreprise est un enfer ? Pavé de bonnes intentions en tous cas ! Et ces bonnes intentions, il nous appartient aussi de les transformer en réalité : prendre au mot la direction, jouer le jeu, rappeler les promesses, faire des propositions, développer l'argumentaire avantages/inconvénient, participer à la mise en place, communiquer positivement.
Alors la voie du paradis ? N'exagérons rien. Mais pour s'en rapprocher, il est bon aussi de prévoir des temps de transition pour faire le point, pointer ce qui fâche, lever les malentendus, vider son sac, se débarrasser des états d'âmes qui polluent. Bref il faut pouvoir purger. Alors l'entreprise, un purgeatoire ?
Gérard a pris son nouveau poste il y a 2 mois. Il gère, désormais, une équipe de 35 personnes (5 fois plus grosse que dans son ancien poste !), dont plusieurs ingénieurs, et 3 délégués. Le contexte de restructuration et les difficultés de l’entreprise rendent le challenge délicat. Gérard a fait le tour des collaborateurs et a beaucoup écouté, puis il a réuni l’équipe pour expliquer son mode de fonctionnement : transparence, exigence, convivialité.
Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. S’inspirant du « management situationnel », il sait accompagner les personnes au plus juste du besoin, et faire confiance, puis déléguer quand les choses sont mûres. Il attend de chacun qu’il fasse son travail professionnellement et s’implique dans la réussite de l’équipe.
Dans son expression orale, il est assertif, bienveillant, ferme et précis tout en jouant d’un humour bien dosé. La pression, il en garde une bonne partie pour lui, et répartit la charge, les contraintes, les exigences de façon équilibrée. Il réagit dès qu’il ressent que cela grippe. Il fait des mises au point et des rappels à l’ordre dès que nécessaire, mais se débrouille pour, plus souvent encore, donner encouragements et remerciements.
Son équipe apprécie sa façon de faire et lui rend par son implication. Le climat de travail est plutôt bon. Gérard a confiance. Ce manager là, n’a pas besoin de coaching… Mais les autres ?
Dans la boite, le temps est aux vaches maigres, et c'est même pas sûr qu'il y aura à brouter demain. Cela fait un moment que l'on n'embauche plus ou alors en CDD et en interim. Les salaires sont bloqués ou évoluent au compte goutte. On parle de départs volontaires, voire de PSE...
On n'est pas fous, on serre les dents, on fait le gros dos, on rase les murs, mais cette "gymnastique" va un temps, à la longue on somatise. La flexibilité est supposée aller avec la sécurité. Maigrir un peu, oui, mais, dans ce cas, ce devrait être "ceinture et bretelles" sur le front de l'emploi.
Parfois, c'est bien le plan de la direction et les salariés le sentent, grognent un peu, serrent la ceinture d'un cran, et parient sur des jours meilleurs en misant sur la confiance.
Dans d'autres cas, la direction a joué sur les mots, fait des promesses qu'elle ne voulait ou ne pouvait pas tenir, parié sur la lassitude et la résignation... et les salariés ont eu l'impression de se faire avoir, d'être floués, voire humiliés. Comme un joueur de pétanque qui fait "Fanny" et doit, en plus de l'échec cuisant, baisser son froc sous les rires du public. Et là, ça bloque !
Pourtant tout le monde le sait bien : on ne peut pas, en même temps, se serrer la ceinture et baisser son pantalon !
Dans l'apprentissage du snow board il y a un moment critique. Tant que le surfeur évolue à flanc de pente, tout va bien...mais il va falloir tourner pour changer de côté sauf à faire une sortie de piste ! Et là, il faut faire face à la pente, la vitesse s'accroît immédiatement et le sentiment d'insécurité avec. Pas de possibilité d'écarter les pieds, de s'appuyer sur des bâtons, de revenir en arrière... et aucune garantie que l'engagement résolu conduira de l'autre côté, que l'on s'en sorte sain et sauf. Le réflexe est alors de ne pas attendre la chûte probable ou l'accrochage incontrôlé avec un skieur... Le réflexe c'est de se mettre par terre délibérément dès que la peur du vide se manifeste... Puis de recommencer. !
Vient un moment, néanmoins, où l'engagement l'emporte, où la conviction se fait que tomber pour tomber autant risquer plus avant, où le courage fait reculer la peur et l'indécision. Le surfeur connait alors l'émotion d'Indiana Jones s'engageant sur le précipice infranchissable qui le sépare du Graal : c'est "le pas de Dieu" ! Et le miracle se produit, le surfeur est passé de l'autre côté, le tournant est pris, la peur a été traversée...
Une belle expérience qui fait écho à nombre d'expériences personnelles ou professionnelles...La répétition n'est pas plus efficace que la résignation, si l'engagement et le courage sont absents. On peut tâter le terrain, tester, explorer, mais assez vite il faut y aller... et finalement, le plus tôt sera le mieux !