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Il suivait son idée. C’était une idée fixe et il était surpris de ne pas avancer. Jacques Prévert
D'abord établir la relation en douceur, mettre en confiance, un sourire, un regard bienveillant, quelques mots qui caressent dans le sens du poil. Le cadre se met en place, le stress extérieur repasse la porte, il se fait comme une atmosphère à part. Le télèphone est coupé, tout est calme.
L'accueil se poursuit par une invitation à la parole, une écoute attentive qui englobe toutes les réactions du corps, une attention particulière aux signaux faibles. Ce qui pèse est maintenant sur la table. On peut travailler sur le corps du sujet.
Par touches successives, par le va et le vient d'un toucher verbal très doux, par des pressions prudentes là où ça fait mal, le malaise ou la douleur s'expriment, remontent à la surface, s'apaisent. Les éléments se réarrangent par une alchimie secrète, l'énergie circule mieux, la respiration se fait plus régulière, l'harmonie remplace la tension incrustée.
Il n'y a plus lieu de s'étendre. Tout est aligné. Le visage est détendu. Les yeux affichent une détermination tranquille. L'ombre a cédé la place à la lumière. La séance est terminée.
La recherche obsessionnelle de cohèrence,
l'illusion d'une vérité absolue, le présupposé qu'une chose et son contraire ne peuvent cohabiter, nous privent d'informations précieuses et de fantastiques ressources.
Le signe du Tao nous rappelle qu'il peut y avoir un peu de blanc dans le noir, un
peu de noir dans le blanc. Une médaille a toujours 2 faces. Ce qui sera évidence demain émerge au coeur de ce qui évident aujourd"hui. Les signaux faibles, la petite voix demandent à être
reconnus, entendus..
Au delà de la dialectique trop formelle, jouer avec les contraires, manier le
paradoxe, entendre la contradiction, permet de tracer une route courbe, fluide, harmonieuse qui va plus sûrement à destination..
Comme le disait Héraclite, il y a bien longtemps "Ce qui s’oppose coopère, et de la lutte des contraires procède la plus belle harmonie".
Le taylorisme s'est effacé devant diverses formes de management "participatif". Les directions ont substitué à des obligations de moyens, des impératifs en termes de quantité, qualité, et délais.
Les salariés, dont l'autonomie s'est trouvée, au passage, reconnue et valorisée, ont eu à charge de s'organiser, d'anticiper et d'assumer leurs erreurs et leurs faiblesses. Davantage de liberté a ainsi conduit à un accroissement paradoxal des contraintes.
L'intensification de la contribution personnelle, les exigences de sécurité et de qualité, la généralisation de la flexibilité, l'implication obligatoire... ont finalement abouti à un stress généralisé. Du pain sur la planche pour les managers, les coachs, .. et les médiateurs!
Cette expression triviale impacte jour après jour notre quotidien. Dans le service, à l'agence, lau bureau, à l'atelier, la discussion tourne court et les arguments renoncent quand le collègue, le collaborateur, le représentant du personnel s'exclame "c'est pas juste !". Comme si tout avait été dit et résumé par la formule..
Et pourtant que de confusion autour de ces mots! De quoi parle t'on? De justice ou d'équité? Tentons de clarifier
:
Juste : ce qui correspond à mon attente personnelle, fonction de mes critères et valeurs, conscients ou inconscients.
Equitable : ce qui respecte la règle, applicable à tous, élaborée légitimement par qui de droit et communiquée.
Ainsi donc, la justice, au contraire de l'équité, n'est pas de la responsabilité de l'organisation, de la direction, du management. Il y a tout intérêt, chaque fois que l'occasion se présente, à pratiquer, sur le sujet, un recadrage bienveillant.
La confusion est, cependant, souvent, entretenue par l'ambiguïté du mot "juste" qui renvoie, certes, au substantif "justice", mais aussi au substantif "justesse" qui n'est, somme toute, qu'une version un brin précieuse de .. l'équité!